So Fresh

 

So Fresh

13/15 octobre 2017

Commissaire / Élodie Bernard

La dernière pièce d’un artiste a cette fragilité toujours particulière. Une fragilité qui apparaît à travers le glissement d’une temporalité à une autre, du temps de la création au temps de la présentation. C’est dans cet entre-deux, cet interstice indicible d’où émerge la fragilité de l’œuvre que SO FRESH tente de s’aventurer. Un dessin tout juste achevé, une vidéo sur le « bureau » d’un ordinateur, ou une photographie fraîchement imprimée sont autant de mystères entre projets et œuvres finales. Comme une invitation à penser le moment où l’œuvre peut être considérée comme terminée. Est-ce une question de choix, de geste, de situation d’exposition?  À cette question qui nous est posée, le critique Lawrence Alloway tente une réponse qui pourrait synthétiser tout l’enjeu de l’exposition que vous allez visiter « La première exposition d’un nouveau travail artistique est dans l’atelier ». C’est en prenant en compte cette observation que cette exposition prend place au cœur de l’atelier CHEZKIT. À l’occasion de SO FRESH, l’atelier amène dans le champ spatial l’interrogation sur le glissement entre création et présentation : lieu d’audace et de mouvement, il oscille entre espace collectif de création et espace d’exposition. Le temps d’un événement, il se transforme, change de statut. Alors quand et comment un projet devient œuvre, lorsque au sein même de l’atelier le spectateur est invité ?

SO FRESH, comme un rite initiatique, accompagne ce double mouvement, de recul de l’artiste et d’approche du spectateur, nécessaire pour que le projet devienne œuvre en marquant la fin de l’acte créatif. Ce rite consiste-t-il à trouver un titre, dater le projet, prendre un verre de vin et accepter que sa pièce se trouve seule face à un public ? La dernière pièce, enfin autonome, serait alors appréhendée par le spectateur comme un vent de fraicheur, qui reflèterait les préoccupations actuelles de l’artiste et qui permettrait peut-être d’envisager son travail à venir.

Mais penser une exposition dans un atelier collectif est un exercice particulier. L’atelier a quelque chose à la fois d’intimidant et d’excitant. Il est ce lieu où l’artiste travaille, accumule images, esquisses, dessins ou encore objets personnels, une tasse à café traine à côté d’un carnet de croquis, ça sent bon le bois, la peinture, les matériaux bruts. On aurait presque peur de rater l’œuvre. On observe son environnement, des tasseaux à peine vissés, prémisse d’une forme en devenir : ce sont toutes ces choses anecdotiques qui interpellent et créent ce sentiment de proximité avec l’artiste. À la fois un lieu de création, de tentatives, de ratés, d’essais, il est aussi un lieu de vie et d’échanges entre artistes. Plus que jamais l’atelier qu’il soit personnel ou collectif est cet espace où les énergies bouillonnent, se rencontrent et sont le moteur d’une création toujours en mouvement.

Élodie Bernard

Artistes
Christophe Constantin
Coline Cuni
Chloé Elmaleh
Mara Fortunatovic
Louise Gugi
Icinori
Ronan Lecreurer
Bérénice Lefebvre
Gwendoline Perrigueux
Dorothée Recker
Delphine Renault
Vincent Tanguy
Thomas Wattebled
Cyril Zarcone